Clément Bertrand Artiste Chanteur

Paroles et musique: Clément BERTRAND

INVENTAIRE

Avec ma viking de tronche
Battue par les vents de noroît,
On dit qu’j’ai la gueul’ de l’endroit
Où sont venues fleurir mes bronches,
On dit qu’j’ai l’nez d’l’arrièr’ grand-mère,
Le sourir’ d’un oncle éloigné,
Les mains burinées par la mer
D’un qui serrait à plein’poignée…

Avec comme un goût d’Atlantique
Dans le ventre chaud où j’ai bu
La tass’ de liquide amniotique
Ils manquaient pas d’sel mes débuts,
Et des tonnerr’s de vagiss’ments
Qui singeaient au sein d’un berceau
Les quarantièmes rugissants
Mieux que le murmur’ du ruisseau…

Avec les colèr’s d’un marin,
Le surnom bien héréditaire,
Qu’avait peur du pain à l’envers,
Qui signait la croûte au surin,
Voyageait en philatélie;
Un’ mamie chantant sa vieillesse
Dans un’ langu’ tombée dans l’oubli,
Trois bonbons, deux bis’s, un’ p’tit’pièce…

Avec des hivers en déluges,
Mon pèr’ Noël v’nait en radeau
Après avoir coulé sa luge,
La mer, ça fait pas de cadeau,
Un’ souris qui s’payait la dent
Sous un oreiller dans ma chambre,
Mes calendriers de l’avent
Pillés dès le premier décembre…

Avec mes falais’s en légendes,
Mon cabot qui jetait sa gourme
Foulant l’herbe de la détourne
Pour un’ bell’ bergère allemande,
Mes ballad’s en marche de crabe,
Mes grott’s aux trésors d’or et d’os,
J’attendais que vienne le diable
Qui m’affranchirait de ma bosse…

Avec dans le bois des sorties
Deux lettr’s inscrit’s au fond d’un cœur,
Pas au couteau, je fais partie
D’la génération du marqueur,
J’ai fait des guerr’s pour des Manon
Volées par d’ignobles Parîs,
Sur des plag’s à poudre à canon
Ramenée par des flots complices…

‘Vec mes foss’s à poissons voraces
Lâchées des secrets du jusant,
Le crachin qui m’apprit la brasse,
La cheminée d’usin’ pisant,
Avec les vertèbres de quartz
D’un monstre qui dort en travers,
Les tapis d’une écume éparse
Que les bourrasqu’s ont entrouverts…

Doucement j’ai grandi en marge
Sous l’ail’ brisée d’un goéland,
En comptant les moutons du large
Qui enrageaient en m’endormant,
J’ai noyé mes carnets de notes
Sous des utopies diluviennes,
Je ne suis plus qu’un Don Quichotte
Qui se bat pour des éoliennes…

Avec mon îl’ qui fait la planche
Sur un océan lunatique,
Car c’est pas tous les jours dimanche
De dormir à même l’Atlantique,
Avec mon îl’ qui dans’ le bal
Mais souillée par le souvenir,
Celui d’un trop vieux maréchal
Qui s’y échoua pour y mourir…

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L'AMOUR DANS UNE BROCANTE

Jusqu’au matin j’ai creusé
Mon cervelet, j’ai pesé
Les tas d’raisons par milliers,
J’crois bien qu’c’est ton mobilier,
Chez toi tout est si moderne,
Tout est neuf, et c’est un style
Qui loin de m’rendre érectile
Me fout plutôt l’zob en berne…
Dans ton grand lit bien trop blanc
Aux chaleurs de Groenland,
Je suis aussi hérissé
Qu’en sortant de l’eau glacée…

Fair’ l’amour dans un’ brocante,
Sur un meubl’ dix-huit cent trente,
Dans un’ baignoire en laiton
Où venaient boir’ les moutons,
Surexcités par le risque,
En tamisant le halo
D’un planisphère vieillot
Tant que la terre est un disque…
Et sans se fair’ visiter
Par la vieille antiquité
Qui briserait nos merveilles
En gueulant « On casse, on paye! »

Fair’ l’amour dans un’ brocante,
Contre une horloge, tocante
Qui prend le temps d’égrener
Ses second’s comm’ des années,
T’aimer sur un’ table en chêne,
Et laisser dans la poussière
L’empreinte de ton derrière,
Loin de tes rêves d’hygiène…
Fair’ l’amour dans un’ brocante,
Sur la note dominante
D’un piano désaccordé,
Dans un lit d’enfant cordé,
Unir nos deux corps en liesse,
Et fair’ voler dans l’action
Les timbr’s et les collections
De cart’s postal’s et de pièces,
Fair’ chuter à mêm’ le sol
Un tableau de tournesols
Qui jouirait de la critique
D’être un Van Gogh authentique…

Fair’ l’amour dans un’ brocante,
Dans l’atmosphèr’ suffocante
D’une armoir’ normand’ qui grince
Contre un’ commode Louis XV,
Et dans son miroir piqué,
Tu t’amus’rais ma coquette
A te poser la discrète
Aux endroits non indiqués…
Puis fumer un clope à poil
Sur un vieux prie-dieu bancal,
Et la mégèr’ de céans
D’nous traiter de mécréants!

Mais juger ton mobilier,
M’a valu d’êtr’ sur l’palier,
Toi t’as couru te percher
Dans les bras d’un cadr’ branché
V’nu frapper à ton carreau,
Et qui trouvait très charmant
De r’voir dans l’appartement
L’ambianc’ laissée au bureau…
Moi qu’aimais les chos’s d’époque,
Y’a maint’nant la réciproque
D’puis qu’un’ chineus’ de cent ans
Me harcèle en me chantant:

« Fair’ l’amour dans un’ brocante,
Sur un meubl’ dix-huit cent trente,
Dans un’ baignoire en laiton
Où venaient boir’ les moutons,
Surexcités par le risque,
En tamisant le halo
D’un planisphère vieillot
Tant que la terre est un disque… »

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CA FLOTTE SUR TON LINGE

Ca flott’ sur ton linge
Que le fil potence,
Et mon impotence
Au bonheur me flingue,
On compte à rebours
Les années bravées
Aux roul’ments d’tambour
D’machine à laver…
Il n’est plus temps d’être content
D’avoir choisi la bonne route,
On s’félicit’ra dans dix ans
D’être passé entre les doutes…

Ca flott’ sur ton linge,
Sur la grèv’ je borde
Mes vers qui débordent
Leurs pieds d’mes méninges,
Les mauvais’s moissons
En littérature
Font de bell’s chansons,
L’espoir en rature…
Il n’est plus temps d’être content
De faire un chef d’œuvre d’un’ croute,
On s’félicit’ra dans vingt ans
D’être passé entre les doutes…

Ca flott’ sur ton linge
Des désirs qui crèvent,
J’paierai pas nos rêves
En monnaie de singe,
Ca pleut pas les thunes,
J’averse à plein taux,
L’impôt sur l’infortune,
En tickets d’loto…
Il n’est plus temps d’être content
De retourner cas’ banqueroute,
On s’félicit’ra dans trente ans
D’être passé entre les doutes…

Ca flott’ sur ton linge,
C’est quand l’éclaircie,
C’est quand qu’on r’mercie
Le ciel d’êtr’ bilingue,
C’est combien de litres
Qu’il reste à pleuvoir
Avant de n’plus voir,
Bouffé par les mitres…
Il n’est plus temps d’être content
A vouloir vivr’ coûte que coûte,
On s’félicit’ra dans cent ans
D’être passé entre les doutes…

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DAME RECLAME

Pour tes trist’s néons blafards
Aux allures de sex-shops,
Tes jeux de lumièr’s, tes phares
Qui fard’nt la nuit en salope,
Pour tes ampoul’s qui s’empilent
Aux façad’s fluorescentes,
Pour ma pupill’ que mutilent
Tes enseignes clignotantes,
Merci dame Réclame!

Pour tes couleurs, tes drapeaux,
Pour les fanions que tu hisses
Haut dans des cieux libéraux,
Claquant d’un zéphyr complice,
Pour tes placards aux charismes
Vautrés sur ma vieille école,
Qui plac’nt dans l’anachronisme
Mon enfance en bout d’gondole,
Merci dame Réclame!

Pour tes good fast-foods fléchés
Jusqu’au fond des no man’s land,
Pour tes bourses mal léchées
Que tu débloqu’s sur commande,
Pour tes éminences grises
Qui crach’nt accroch’s et slogans
Et logos inélégants
Dont nos môm’s s’alphabétisent,
Merci dame Réclame!

Pour tes icôn’s éclatées
Racoleus’s, géométriques,
Au servic’ de sa Saint’té
Consommation et Saint Fric,
Pour les tranch’s d’âg’ que tu cibles
Dans tes tranch’s d’heur’s négociées,
Pour l’bon nègre irrésistible
Qui rit d’un rir’ bananier,
Merci dame Réclame!

Pour tes panneaux, tes pancartes,
Pour tes tracts et pour tes cartes,
Tes contrats, ton processus
A grands coups de prospectus,
Pour ton bagout tes sirènes
Serinent nues tes rengaines,
Tes voix-off en bass’ fréquence,
Combien ça coût’ le silence?!
Pour les télés, les journaux,
Radios et ordinateurs,
Aux mensong’s subliminaux
De ce grand ordonnateur,
Pour mes noëls corrompus,
Pour la forêt qu’on va mettre
Au fond du ventre repu
De ma vieille boite à lettres,
Merci dame Réclame!

Pour un pauvre monde offert
Aux rapac’s de la formule,
Pour nos vies mis’s aux enchères,
Étiquetées sans scrupules,
Pour le bon sens que l’on crame,
La raison qu’on sacrifie
Sur le bûcher du profit
En sponsorisant les flammes,
Merci dame Réclame!

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LA SAINT BARTHELEMY

Tout au long de l’année, pas un
De mes deux poings jamais ne frappe,
Mais on me tir’ tant sur la grappe
Que de la colèr’ les raisins
Pressurés par trop de rancoeurs,
Produis’nt aux soirs où les plombs sautent
Un vin amer, une liqueur
Qui nous détraque, et par sa faute :

Refrain:
Un peu comme à la Saint-Sylvestre,
On fêt’ la Saint-Barthélemy,
On décapite, on défenestre
Entre amis,
On attend patiemment mais prestes
Le vingt-trois août tard dans la nuit,
Pour vous fair’ manger froid les restes
De nos vengeances évanouies …

Nuits de consciences avortées,
Un’ joyeus’ band’ de trublions
Honor’ l’antiqu’ loi du Talion
Qui n’s’est jamais si bien portée,
On écartèle, on coupe, on serre,
On brûle, on broie, on est d’avis
Qu’il est aujourd’hui nécessaire
D’offrir un grand choix de sévices !

Nuits de pitiés encagoulées,
Il faut qu’on tortur’ dans l’urgence,
Oppressés par des résurgences
De vieux sentiments refoulés,
De relents puant la vindicte
Quand mon double, sournois siamois,
Décide que c’est lui qui dicte,
Freud expliqu’rait ça mieux que moi…

Refrain

Mélomane et malentendant,
Mon voisin bombardait de sons,
De décibels dans la cloison
Aux heur’s où mon ouïe se détend,
Chuta du haut de son balcon
Alors qu’il marmonnait « Qui est-ce ?! »,
C’était fatal un beau jour qu’on
Lui rend’ la monnaie de sa quiès…

Qu’ell’ serait longue à fair’ l’étude
Des victim’s de nos convulsions
Dans l’exutoir’ de nos pulsions
Qui nous mène en béatitude,
Mais dormez du soir au matin
Tranquill’s, on ne massacre en fait
Qu’un’ fois l’an, et je sais certains
Pays où tous les jours c’est fête !

Refrain

Mais si naguèr’ la dilettante
Amusait peu de convertis,
Notre assemblée se pervertit
Dans une logique inquiétante,
Le nombre d’adeptes s’accroît,
Les cibl’s en sont multipliées,
Des bourreaux sont devenus proies,
Y’a comm’ des pas dans l’escalier…

Un peu comme à la Saint-Sylvestre,
On fêt’ la Saint-Barthélemy,
On décapite, on défenestre
Entre amis,
On cogne à ma porte à grands coups,
Des bras me contraign’nt à m’asseoir,
On noue la serviette à mon cou,
C’est moi qui déguste ce soir…

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FLUCTUAT NEC GERBITUR

Voici le tango du tangage,
C’t’un bout d’Argentine en croisière,
Quand le brave roulis s’engage
A te fournir en cavalière
Un’ jolie déséquilibrée,
Basculant soudain, démembrée,
Que tu rattrapes par les reins,
Et qui découvre un’ fois cambrée,
Que ce beau tango calibré
Ne se cadenc’ qu’au pied marin!

Voici le tango du temps gros,
L’heur’ de la prière à Neptune,
Pour que tu glisses sur son dos
Sans qu’il ne t’en tienne rancune,
Au fond des creux de ses vertèbres,
Tu pleur’s une oraison funèbre,
Mais déjà pointe une autre embûche:
Eol’ déchaîné se célèbre
En gonflant fort dans les ténèbres
Ses nimbo-stratus de baudruche…

Et si Paris a sa devise,
Ah, que mon rocher se rassure
Car j’ai la sienne, elle est concise:
« Fluctuat nec gerbitur! »

Voici l’tango qui rend dingo,
Bonjour madam’ claustrophobie!
Tu maudis les pauvres nigauds
Qui font du bateau par hobby,
Dans ta ferraill’ trop à l’étroit,
Les cabots braill’nt, les goss’s aboient,
La coque craque et tu paniques
En t’imaginant qu’autrefois
Sûr’ment le même brouhaha
Tonnait à bord du Titanic!

Voici le tango vertigo,
Sensations en foire d’empoigne,
Tantôt paradis des mégots,
Tantôt l’ivresse des montagnes,
Tantôt la plus sobre des trognes
Qui sortant la têt’ de ses pognes
Brusquement vire sa cuti,
Grimac‘, blêmit et se renfrogne
Comm’ le plus noyé des ivrognes,
Titub‘, balbutie, déglutit…

Et si Paris a sa devise,
Ah, que mon rocher se rassure
Car j’ai la sienne, ell’ se précise:
« Fluctuat nec gerbitur! »

Voici l’tango triste tableau,
Ses pas t’ont fait cracher le ventre,
C’est d’l’argent j’té par les hublots
Quand l’dîner sort par où il entre,
Et d’une haleine un peu fébrile,
Tu gueul’s tout seul dans ton exil
Sur ceux qui vantaient pour tes bronches
L’air salin et l’iode des îles
Quand tu n’sens qu’une odeur de bile,
Alors tu fais un peu la tronche!

Mais tous les tangos n’ont qu’un temps,
Là-bas les côtes se déflorent,
Des lumièr’s, un phare guettant,
Et les mouett’s qui rient de ton sort,
Quand s’égosille la sirène,
Tu t’fous bien d’l’âg’ du capitaine
En te ruant au port d’attache,
Pour, sans te soucier du retour,
Embrasser d’un vibrant amour
Le fabuleux plancher des vaches…

Car si Paris a sa devise,
Mon rocher signe l’écriture
Dans l’océan en pleine crise
D’un « Fluctuat nec gerbitur! »

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Clément Bertrand : Artiste chanteur Vincent Cosson : Artiste peintre-dessinateur Clam : Groupe de musique rock Daniel G : Artiste musicien-compositeur Otium : Groupe de musique rock Plan du site | Admin |  © 2006-2008 Création site Internet Rennes : 1Dclic - Tous droits réservés